Au lieu de mobiliser ses cerveaux, la Tunisie compte leurs départs
Par Rédaction Flash Radio | | Catégorie : Économie

L’accélération du rythme des départs des médecins, ingénieurs et autres technologues tunisiens, à la recherche de meilleures perspectives professionnelles et humaines sous des cieux plus cléments, en...
L’accélération du rythme des départs des médecins, ingénieurs et autres technologues tunisiens, à la recherche de meilleures perspectives professionnelles et humaines sous des cieux plus cléments, en Europe, en Amérique ou dans les pays du Golfe, remet au centre du débat une question fondamentale : comment les pays en développement peuvent-ils transformer la perte de capital humain en levier de souveraineté économique ? Abdelwaheb Ben Moussa * En Tunisie, le constat demeure préoccupant face à l’ampleur des départs de compétences.
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Les faits et développements récents
Selon le président de l’Ordre des Ingénieurs Tunisiens (OIT), environ 46 000 ingénieurs ont quitté la Tunisie au cours de la dernière décennie. Dans le secteur de la santé, près de 1 450 médecins auraient quitté le pays en 2024, selon le secrétaire général du Conseil national de l’Ordre des médecins. Combien de médecins ont quitté le pays au cours des dix dernières années, qui n’ont pas été glorieuses, loin d’en faut ? Le chiffre doit être effrayant… Face à cette perte de compétences formées en grande partie par la collectivité publique, le débat institutionnel oscille encore trop souvent entre constat, inquiétude et appel au retour, sans grande conviction et, surtout, sans garanties concrètes pour un emploi décent.
Du discours moral à la réalité opérationnelle Il faut avoir le courage de nommer les choses. Exhorter nos compétences au retour sans leur offrir les conditions d’exercice de leur talent risque de rester sans effet. Nos cadres ne quittent pas nécessairement leur pays par déficit d’attachement national. Les conditions de travail, les perspectives professionnelles, les niveaux de rémunération, les possibilités de recherche et l’environnement administratif constituent autant de facteurs susceptibles de peser dans leur décision. Face à ce constat, l’Ordre des Ingénieurs Tunisiens plaide pour l’élaboration d’un cadre légal et incitatif spécifique destiné à attirer les compétences établies à l’étranger et à renforcer le transfert de savoir-faire. C’est une orientation importante, mais elle doit dépasser une approche exclusivement fiscale ou salariale.
⚡ Points clés
- ▸La proposition d’un dispositif incitatif en faveur des ingénieurs tunisiens établis à l’étranger pourrait être traduite par des mécanismes de coopération permettant à ces experts d’encadrer des laboratoires mixtes, de contribuer à la conception d’architectures des systèmes d’information publics, de participer à l’évaluation technique de projets stratégiques ou de co-piloter certaines initiatives sans reproduire les lourdeurs bureaucratiques qui ont précisément contribué à éloigner les compétences.
- ▸L’accélération du rythme des départs des médecins, ingénieurs et autres technologues tunisiens, à la recherche de meilleures perspectives professionnelles et humaines sous des cieux plus cléments, en Europe, en Amérique ou dans les pays du Golfe, remet au centre du débat une question fondamentale : comment les pays en développement peuvent-ils transformer la perte de capital humain en levier de souveraineté économique ?
- ▸Le véritable changement de paradigme consiste à passer du statut de réservoir passif de compétences à celui d’architecte d’un réseau mondial d’intelligence, capable de transformer l’exode des compétences en capacité supplémentaire d’exécution et de souveraineté. * Ingénieur informatique, cadre de banque publique.
Les transferts financiers des Tunisiens résidant à l’étranger ont atteint 8,2 milliards de dinars en 2024, soit près de 6,5 % du PIB, selon les données de la Banque centrale de Tunisie. Cette contribution financière considérable montre que le lien avec le pays ne disparaît pas avec le départ. Le véritable enjeu est désormais de construire une ingénierie d’accueil et de contribution permettant également de mobiliser le capital scientifique, technique et entrepreneurial de la diaspora. À l’ère de l’intelligence artificielle, du travail distribué et des architectures ouvertes, la contribution de la diaspora n’exige d’ailleurs plus nécessairement un retour physique permanent. Elle peut prendre la forme d’une participation à distance, de missions d’expertise, de mentorat, de recherche collaborative, de transfert technologique ou de co-pilotage de projets nationaux. Trois leviers pour bâtir un réseau de souveraineté partagée Pour le cycle 2026-2030, la Tunisie doit dépasser la simple gestion administrative de sa diaspora pour en faire une véritable infrastructure d’ingénierie nationale.
Le premier levier est celui d’un cadre légal fondé sur la responsabilité et la confiance. La proposition d’un dispositif incitatif en faveur des ingénieurs tunisiens établis à l’étranger pourrait être traduite par des mécanismes de coopération permettant à ces experts d’encadrer des laboratoires mixtes, de contribuer à la conception d’architectures des systèmes d’information publics, de participer à l’évaluation technique de projets stratégiques ou de co-piloter certaines initiatives sans reproduire les lourdeurs bureaucratiques qui ont précisément contribué à éloigner les compétences. Le deuxième levier concerne les grands chantiers nationaux. Transition énergétique, transformation numérique, modernisation bancaire, intelligence artificielle, gestion de l’eau ou infrastructures intelligentes pourraient bénéficier de dispositifs d’Open Innovation associant systématiquement les compétences tunisiennes établies à l’étranger. Mais leur participation ne devrait pas se limiter à des conférences ou à des consultations symboliques. Elle doit pouvoir s’inscrire dans des missions d’expertise, d’évaluation et de conception avec des responsabilités clairement définies. Le troisième levier est celui de l’investissement. La diaspora dispose non seulement de ressources financières, mais également d’un capital professionnel, entrepreneurial et relationnel considérable. Des mécanismes réglementaires et administratifs plus simples pourraient faciliter son investissement dans le tissu productif, les startups technologiques et les projets industriels, tout en orientant davantage ces ressources vers l’économie réelle. L’urgence du changement de paradigme Certains soutiendront qu’il existe des urgences plus immédiates : les équilibres budgétaires, le déficit des caisses sociales, la pression sur les finances publiques ou les difficultés du financement de l’économie. Mais avec quelle ingénierie d’exécution réformera-t-on durablement ces secteurs sans disposer de compétences de haut niveau ? Le véritable enjeu n’est donc pas de demander à ceux qui sont partis de revenir à tout prix. Il est de construire les conditions permettant à ceux qui sont partis de continuer à contribuer, et à ceux qui sont encore au pays de vouloir y construire leur avenir. La Tunisie dispose d’un réseau mondial de compétences. Reste à lui donner une architecture, des projets, des responsabilités et des mécanismes de contribution à la hauteur des défis du prochain cycle. Conserver un modèle fermé par peur du changement serait prendre le risque de creuser davantage le retard technologique. Le véritable changement de paradigme consiste à passer du statut de réservoir passif de compétences à celui d’architecte d’un réseau mondial d’intelligence, capable de transformer l’exode des compétences en capacité supplémentaire d’exécution et de souveraineté. * Ingénieur informatique, cadre de banque publique.
Analyse de la Rédaction : Enjeux et perspectives
Dans un contexte financier marqué par des défis d'approvisionnement et d'équilibre budgétaire, cette actualité revêt une importance capitale pour les ménages et les entrepreneurs tunisiens. Les analystes économiques s'accordent à souligner les répercussions potentielles sur le cours du dinar, l'inflation et la balance commerciale. Les chefs d'entreprise et investisseurs attendent des signaux clairs pour orienter leurs décisions stratégiques.
La question de la relance économique et de l'attractivité des investissements reste au centre des débats. Les mesures évoquées dans cette dynamique pourraient influencer le pouvoir d'achat, le climat des affaires et la coopération avec les partenaires financiers régionaux et internationaux.
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