‘‘Sonia, le calvaire au féminin’’ | Le récit d’une vie confisquée
Par Rédaction Flash Radio | | Catégorie : Actualité

Acheté en 2017, lors de sa publication aux éditions Média-Plus de Constantine, ‘‘Sonia, le calvaire au féminin’’ de Yasmina Gharbi-Mechakra n’avait pas encore trouvé sa place dans mes lectures. Son au...
Acheté en 2017, lors de sa publication aux éditions Média-Plus de Constantine, ‘‘Sonia, le calvaire au féminin’’ de Yasmina Gharbi-Mechakra n’avait pas encore trouvé sa place dans mes lectures. Son auteure était alors vivante.
⏱️ 4 min de lecture
Les faits et développements récents
Décédée le 27 novembre 2020, cette enseignante et écrivaine laisse un ouvrage qui mérite aujourd’hui d’être redécouvert, tant par son sujet que par le regard porté sur les femmes confrontées à la violence familiale. De ce point de vue, il garde, malheureusement, une grande actualité. Djamal Guettala À travers Sonia, une adolescente dont les projets se brisent sous le poids d’une décision familiale, Yasmina Gharbi-Mechakra raconte une existence bouleversée par un mariage imposé. Le parcours du personnage met en lumière les mécanismes de domination qui privent une jeune fille de son choix et la conduisent à affronter une vie qu’elle n’a pas voulue.
"A seize ans, elle est apte au mariage, rien que de très normal et de très coutumier !"
"Sa main s’aplatit sur mon visage et le sang gicla de mon nez… un coup de pied dans les côtes qui me plia en deux."
À seize ans, Sonia voit son avenir décidé par d’autres. La justification tient en une phrase : «A seize ans, elle est apte au mariage, rien que de très normal et de très coutumier !» La formule, presque banale dans la bouche de ceux qui l’emploient, révèle pourtant toute la violence d’une conception qui fait de la jeune fille une personne dont le destin peut être réglé sans son consentement. Le mariage ouvre une période d’épreuves. Les violences conjugales prennent une dimension physique, décrite sans détour : «Sa main s’aplatit sur mon visage et le sang gicla de mon nez… un coup de pied dans les côtes qui me plia en deux.» La scène donne à mesurer ce que recouvre concrètement la brutalité domestique.
⚡ Points clés
- ▸Djamal Guettala À travers Sonia, une adolescente dont les projets se brisent sous le poids d’une décision familiale, Yasmina Gharbi-Mechakra raconte une existence bouleversée par un mariage imposé.
Le corps devient le lieu où s’exerce un pouvoir que Sonia ne parvient pas immédiatement à repousser. Le droit de disposer de sa vie L’auteure ne réduit cependant pas son personnage à son statut de victime. À travers les événements, se dessine une femme qui cherche des moyens de reprendre la maîtrise de son existence. Cette volonté se heurte à des obstacles familiaux et sociaux, mais elle ne disparaît pas. La question du corps et de la maternité occupe également une place dans le récit. Une remarque en apparence anodine — «Réflechis un peu.
Tu me connais… elles disent toutes “la pilule”» — fait surgir les difficultés rencontrées par les femmes lorsqu’elles cherchent à maîtriser leur vie intime. La contraception devient ici un enjeu de liberté, dans une relation où la décision féminine reste contestée. La lucidité de Sonia se lit aussi dans cette phrase : «J’ai commis la plus grosse faute qu’une femme puisse oser : j’ai tenté de changer mon destin.» Le choix de changer de vie est présenté comme une transgression. Cette formule résume le conflit central du récit : comment s’affranchir d’un ordre qui transforme toute tentative d’émancipation en faute ? Le chemin parcouru n’efface pas les blessures, mais Sonia finit par déplacer le regard qu’elle porte sur elle-même. «Je suis devenue d’importance» , affirme-t-elle. Cette courte phrase marque une évolution décisive : le personnage commence à se reconnaître une valeur propre, indépendamment de la place que son entourage lui avait assignée. Une écriture nourrie par l’écoute des femmes Née à Meskiana, dans l’est algérien, Yasmina Gharbi-Mechakra a grandi dans une famille modeste. Après ses études secondaires à Constantine, elle a enseigné le français pendant trente-quatre ans, marquant plusieurs générations d’élèves. Son engagement s’est aussi exprimé auprès de femmes confrontées aux violences conjugales et familiales, notamment à travers son lien avec l’association Rachda et le centre d’écoute Nedjma à Constantine. Cette expérience éclaire la démarche de son livre. Les témoignages de femmes venues raconter ce qu’elles avaient subi ont nourri son écriture. ‘‘Sonia, le calvaire au féminin’’ leur rend hommage en donnant une forme narrative à des réalités souvent reléguées dans la sphère privée. Le choix de raconter une histoire individuelle permet d’aborder des situations qui dépassent le seul destin du personnage. L’ouvrage s’inscrit dans le prolongement de cet engagement. Yasmina Gharbi-Mechakra y associe son expérience d’enseignante à une attention particulière portée aux paroles recueillies auprès des femmes. Décédée le 27 novembre 2020, elle laisse un livre qui témoigne de cette volonté : faire sortir des récits de l’isolement et leur donner une place dans l’espace public. La trajectoire de Sonia en constitue le fil conducteur, avec ses blessures, ses prises de conscience et son désir de reprendre sa vie en main.
Suivre l'actualité en direct sur Flash Radio
L'actualité se suit aussi en direct : écoutez Radio Tunis Nationale, Mosaïque FM et Shems FM sur Flash Radio, sans inscription.
Le fil complet de la rubrique est sur Toutes les Actualités Flash Radio, et la lecture continue avec Shems FM sur le Player Flash Radio Live.
💬 Flash Chat — La parole aux auditeurs
Et vous, quel regard portez-vous sur « ‘‘Sonia, le calvaire au féminin’’ | Le récit d’une vie confisquée » ? Le Flash Chat reste ouvert pendant que le direct continue.
Rejoindre le Chat des auditeurs en direct →Écouter la radio tunisienne en direct
Toutes les radios tunisiennes en direct → · Questions fréquentes